« Le Christ a aimé l’Eglise, et s’est livré lui-même pour elle » Ephésiens 5,25

1ère station / Jésus est condamné à mort
De la lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens
« Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Ph. 2,6-7)

Ils sont nombreux, ces hommes, à regarder Jésus de haut, à l’accuser de tous les maux, à le ridiculiser devant tous et à ironiser sur son sort. Certains disent avoir le pouvoir de le mettre à mort. Dans ce procès, Pilate semble dominer la situation, mais en réalité, il a les mains liées par son statut de dignitaire romain. Jésus, lui, s’avance libre vers sa passion, en serviteur.
Il y a aussi les scribes et les pharisiens. Ceux-là font partie du peuple élu. Et c’est parmi eux que se trame le projet de mettre Jésus à mort. Habiles, ils sont arrivés à leur fin. Le privilège de leur position leur a permis de manipuler non seulement leurs interlocuteurs, mais aussi ceux qu’ils étaient chargés de guider par leur enseignement. Pris par l’orgueil, adulés par tous, ils pensaient qu’eux seuls avaient la science, qu’ils étaient les garants de la vraie doctrine. Triste suffisance qui les a rendus aveugles.
Les maux qui traversent l’humanité n’épargnent pas le peuple de Dieu. Au sein même de l’Eglise nous sommes capables d’abus de pouvoir. L’homme est ainsi, et c’est cet homme-là que Jésus est venu sauver : c’est l’homme dans sa bêtise, son ignorance, son arrogance, sa suffisance, sa duplicité.

Prions
Nous t’apportons Seigneur notre part de complicité dans ce mal. Nous pensons à notre manière de vivre notre foi, à ces moments où nous préférons suivre les prêtres qui ont une belle prestance, des paroles qui nous flattent, plutôt que ceux qui ont une humanité plus commune. Pardon pour toutes les fois où nous préférons ceux qui répondent à toutes nos demandes plutôt que ceux qui n’arrivent pas à tout faire et qui comptent sur nous. Pardon pour notre facilité à tout attendre de l’Eglise, sans toujours pour autant nous soucier de la servir.
Ramène-nous Seigneur, en Eglise, aux vrais sentiments du Christ, à ceux de l’humble serviteur qui trouve sa joie dans la volonté du Père et non dans la vaine gloire.

2ème station / Jésus est chargé de sa croix
De l’Evangile selon saint Matthieu
« Jésus parlait encore, lorsque Judas, l’un des Douze, arriva, et avec lui une grande foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple. Celui qui le livrait leur avait donné un signe : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le. » Aussitôt, s’approchant de Jésus, il lui dit : « Salut, Rabbi ! » Et il l’embrassa. Jésus lui dit : « Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le ! » Alors ils s’approchèrent, mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent ». (Mt 26, 47-50)

Jésus reçoit sur son épaule le bois de la croix. C’est une lourde charge. Il ne la rejette pas, il la saisit. Bien plus que l’objet de son supplice, c’est l’humanité qu’il prend à bras le corps pour la conduire avec lui au-delà des ravins de la mort.
Pendant toutes les années de sa vie publique, Jésus n’a pas cessé de visiter cette humanité qu’il est venu sauver. Il a parlé à des foules, il a guéri et libéré ceux qui s’adressaient à lui. Il a choisi des hommes qu’il a formés et associés à sa mission. Il en a fait ses amis. Puis tout a basculé en l’espace d’un soir, d’une nuit. Des hommes de son peuple avaient fait le dessein de le mettre à mort et ils mettent leur projet à exécution. Jésus se retrouve seul devant ses accusateurs. Juda le trahit. Pierre le renie. Les autres l’abandonnent.
Par cupidité ou par lâcheté, ces disciples-là se sont détournés du maître. C’était il y a 2000 ans. Des évènements inscrits dans les évangiles, encore un peu éloignés de nous. Mais voilà qu’en ces jours, les épisodes prennent chair.
Au fil des semaines, nous apprenons que des hommes d’Eglise ont faillis. Des actes graves ont été commis. Nous nous sentons trahis. Ces révélations publiques bouleversent l’Eglise. Elles nous blessent et nous interrogent. Comment cela a-t-il pu être possible ? Comment cela se fait-il que, parmi ceux que le Christ a choisis, il y en ait qui le trahissent par leurs actes ? Pourquoi le Seigneur a-t-il pris le risque que ses apôtres et ses disciples le trompent ?

Prions
Seigneur, tu es toujours à l’œuvre pour sauver les hommes. Regarde aujourd’hui ceux qui t’appartiennent et qui ont gravement chuté. Accorde-leur un esprit de repentance et de contrition, qu’ils puissent revenir à toi, reconnaître leur tort et faire une œuvre de réparation.
Nous te le demandons par les mérites de la passion de notre Seigneur Jésus le Christ. Amen.

3ème station / Jésus tombe pour la première fois
Lecture du livre d’Ezéchiel
« Quel malheur pour les bergers d’Israël qui sont bergers pour eux-mêmes ! N’est-ce pas pour les brebis qu’ils sont bergers ?
Vous, au contraire, vous buvez leur lait, vous vous êtes habillés avec leur laine, vous égorgez les brebis grasses, vous n’êtes pas bergers pour le troupeau.
Vous n’avez pas rendu des forces à la brebis chétive, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée. Vous n’avez pas ramené la brebis égarée, cherché celle qui était perdue. Mais vous les avez gouvernées avec violence et dureté. » (Ez 34, 2-4)

Le Christ ne porte pas seulement le bois de la croix, Il porte l’Eglise. Il veut la soutenir, la soulever, mais ici, elle le fait tomber. Le mal qui provoque cette chute vient de quelques pasteurs. Ces hommes-là sont devenus de faux bergers. Ils ont profité de leur statut pour assouvir leur appétit de jouissance.
Retentit aujourd’hui la plainte du prophète Ezéchiel contre les mauvais pasteurs qui n’ont pas pris soin des brebis qui leur étaient confiées, mais qui, au contraire, ont abusé d’elles.
Mais Jésus se relève. Il trouve la force de se redresser dans l’amour qu’il a pour les fils de l’Eglise et pour chacun des fils des hommes. C’est pour cela qu’il est venu : pour l’homme pécheur et pour la brebis blessée. Il veut sauver le bourreau et soigner la victime.
Prions
Avec une inlassable bonté, Seigneur, veille sur ton Eglise ; et puisque sans toi l’homme s’égare, soutiens –le toujours pour qu’il se détourne du mal et se dirige vers le salut. Nous te le demandons Père, par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur et notre Dieu, qui règne avec toi et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen. (Oraison du mardi de la 2ème semaine de carême).

4ème station / Jésus rencontre sa mère
Du livre de Jérémie
« Que mes yeux ruissellent de larmes nuit et jour, sans s’arrêter ! Elle est blessée d’une grande blessure, la vierge, la fille de mon peuple, meurtrie d’une plaie profonde. » (Jr 14, 17)

Marie cherche du regard son fils. Pour le rejoindre, elle se fraye un chemin au milieu de la bousculade. Elle ne s’épargne pas le spectacle affligeant de voir se déchaîner la cruauté des hommes à l’encontre de Jésus. Elle est meurtrie, touchée en son sein, dans ses entrailles de mère, mais elle est là. Elle ne se dérobe pas devant la souffrance. Elle ne cesse pas d’aimer.
Aujourd’hui encore, Marie demeure aux cotés de ses enfants qui souffrent. Elle est là, jour et nuit, portant la meurtrissure de son peuple. Ferme dans la foi, elle ne vacille pas. Elle nous garde dans le sein de l’Eglise et nous enfante à l’espérance des temps nouveaux.
Marie, mère de l’Eglise, prie pour nous pécheurs.

(Prions la Vierge-Marie)
« Je vous salue Marie… »

5ème station / Jésus est aidé par Simon de Cyrène
De l’Evangile selon Saint Marc
« Ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. » (Mc 15,21)

Jésus était un homme dont la Parole avait autorité pour le peuple. Mais voilà que sur ce chemin du Golgotha il devient faible aux yeux des hommes. Sa parole ne se fait plus entendre. Il se tait, ne se défend pas et personne ne prend la parole pour le défendre.
Dans ce moment de faiblesse, d’autres élèvent la voix, vocifèrent contre lui, l’injurient. Ils se placent en juges, en accusateurs, en dominateurs. Comme il est étonnant de voir des hommes qui ne font entendre leur voix que pour se dresser contre les autres ! Comme il est étonnant de voir des hommes profiter de la faiblesse des uns pour prendre une position de force ! Comme s’il fallait abaisser l’autre pour s’élever.
Dans les moments d’épreuve, il y a les opportunistes et les autres. Simon fait partie des « autres », de ceux qui ne cherchent pas à tirer un avantage de la situation. Il ne s’occupe pas de ce qui passionne la foule et n’est pas avide des scandales. Il travaille honnêtement et n’a pas peur de l’effort. Alors, quand un soldat le réquisitionne pour aider Jésus à porter sa croix, il ne rechigne pas. Si on n’était pas venu le chercher, il n’aurait pas eu l’idée d’une telle mission… et quelle mission !… celle d’être aux côtés du Fils de Dieu pour l’aider à porter sa croix !

Prions
Nous te rendons grâce Seigneur, pour les hommes qui, aujourd’hui, sont ces « Simon de Cyrène ». Parmi eux il y a des prêtres et des évêques qui, dans la tempête que traverse l’Eglise, ne se dérobent pas devant ta croix mais la portent résolument avec toi.
Nous te confions en particulier les prêtres qui portent un triple fardeau, celui de la honte du comportement de leurs confrères, celui de la suspicion ambiante, et celui de devoir, malgré cela, réconforter les fidèles. Que nous soyons aussi pour eux des « Simon de Cyrène ».

6ème station / Véronique
Du psaume 26
« Écoute, Seigneur, je t’appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! Mon coeur m’a redit ta parole : « Cherchez ma face. » C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face. N’écarte pas ton serviteur avec colère : tu restes mon secours. Ne me laisse pas, ne m’abandonne pas, Dieu, mon salut ! » (Ps 26, 7-9)

Véronique n’a pas seulement voulu voir Jésus et le toucher, elle a voulu lui essuyer le visage. Ce geste est celui d’un cœur ému de compassion. Elle nous apprend à ne pas seulement nous émouvoir devant le spectacle qui nous afflige mais à faire un geste, à oser poser un acte. A ne pas nous contenter d’être affecté à distance, mais d’aller jusqu’à Jésus, par notre prière.

Prions
Nous te rendons grâce Seigneur, pour tous ces hommes et ces femmes qui savent ainsi manifester, dans la douceur de leur geste, la beauté de la compassion.
Nous te rendons grâce pour tous ceux qui consacrent leur vie à contempler ton visage, sans crainte de le voir parfois défiguré. Merci pour les moines et les moniales qui, dans le monde entier, ne cessent pas leur intercession et portent le courage de ceux qui osent les gestes audacieux.
Et pour nous qui sommes au milieu de cette foule médiatique, accorde-nous Seigneur, de pouvoir comme toi, accepter d’être à visage découvert dans l’épreuve.
Suscite aussi au milieu de nous, des hommes et des femmes de réconfort qui sauront trouver les gestes et les mots justes pour essuyer les larmes des visages.

7ème station / Jésus tombe pour la seconde fois.
Du livre de Jérémie
« Ils traitent à la légère la blessure de mon peuple, en disant : « Paix ! La paix ! » alors qu’il n’y a pas de paix ». (Jr 6, 14)

Jésus tombe une seconde fois. Les paroles de certains pasteurs pèsent lourd parce qu’elles trahissent leur légèreté. Leurs paroles et leurs actes n’ont pas été à la hauteur de la mission que le Christ leur avait confiée. Mais qui sommes-nous pour les montrer du doigt ? Qui peut se dire pur de tout péché ? En vérité, nous aussi avons bien souvent la parole trop facile et nous partageons tous la responsabilité d’un esprit suffisant.

Prions
En ce vendredi saint, c’est ton peuple rassemblé qui vient te demander pardon pour la faiblesse de certains pasteurs au cours de ces dernières années.
Nous implorons ton pardon pour ceux qui se sont contentés de donner de bonnes paroles et se sont ainsi dédouanés de toute autre investigation. Pardon pour cette compassion trompeuse. Pardon pour toutes les fois où ils ont pensé que les victimes exagéraient et qu’il suffisait qu’elles pardonnent. Pardon pour ceux dont le premier souci a été d’étouffer les affaires pour qu’elles ne sortent pas dans la presse. Pardon pour leur manque de courage et parfois même pour leur lâcheté. Pardon pour l’ignorance entretenue par la suffisance.
Seigneur, accorde-nous en Eglise une grâce de conversion pour que nous cherchions la vérité au fond de l’être et non la sauvegarde d’une réputation.
Et par ta grâce, donne-nous la force de nous redresser avec toi, de poursuivre le chemin avec un cœur plus humble.

8ème station / Jésus rencontre les femmes de Jérusalem
« Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! » (Lc 23,28)
Ces femmes prennent la mesure du scandale qui se vit mais ne saisissent pas encore que la croix que Jésus porte est l’instrument du salut. Elles ne voient que l’homme de douleur, elles ne peuvent deviner qu’il sera le ressuscité.
Jésus ne leur dit pas « arrêtez de pleurer, cela ne sert à rien », mais il leur dit « ne pleurez pas sur moi, pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ».
Ce qui est la cause de sa souffrance, c’est bien le péché des hommes. Jésus réoriente alors leurs regards en les invitant à pleurer sur leurs propres péchés et ceux de leurs enfants. En ce sens, il nous montre le chemin du repentir : que nous puissions prier dans les larmes pour la conversion des pêcheurs sans oublier que nous en faisons partie.
Pensons à Saint Dominique qui priait en pleurant lorsqu’il intercédait pour les pêcheurs et pour la misère de son époque. Il priait de tout son être, de tout son corps. Parfois entièrement étendu au sol, face contre terre, parfois agenouillé en contemplant la croix. Ses frères l’entendaient crier dans sa prière : « Seigneur, aie pitié de ton peuple ! que vont devenir les pécheurs ? »
Prions
Prions pour ceux qui ne savent plus pleurer, qui se sont endurcis, qui ont le cœur sec enfermé dans l’indifférence ou l’amertume.
Prions pour ceux qui ne sont plus capables de se désoler de la souffrance des autres, pris dans l’insouciance d’une vie légère.
Prions pour ceux dont la sensibilité est verrouillée dans le déni pour ne pas se remettre en cause et s’effondrer.
Prions pour ceux qui pleurent et qui pleurent seuls car ils ne sont pas entendus.
Et prions pour l’Eglise et pour chacun de nous. Accorde-nous, Seigneur, d’accueillir comme une grâce les larmes du repentir.

9ème station / Jésus tombe pour la 3ème fois.
De l’évangile selon Saint Matthieu
« Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ! » (Mt 23, 37)

Les dissensions mesquines, les conflits de pouvoir au sein de son Eglise font tomber Jésus. La réalité est encore si loin de cette unité tant désirée ! Quelle souffrance pour le Christ !
Le poids des conflits est pesant, trop pesant. Mais Jésus se relève. Il nous montre que cette chute est suivie d’un relèvement. Jésus reste berger de son Eglise, c’est lui qui la porte sur ses épaules, c’est lui qui la conduit, c’est lui aussi qui veut la purifier de ses fautes. Rien ne lui échappe. Il se sert même de l’action mauvaise de ceux qui voudraient museler l’Eglise pour, en fin de compte, la conduire à se réformer en profondeur. Aussi, ceux qui dénoncent le mal de l’Eglise mais avec la volonté de lui nuire, permettent en fait une œuvre de vérité et de lumière. Si l’accablement des fidèles est réel, le relèvement le sera aussi, car de la vérité jaillit la lumière. Jésus est ce divin fondeur qui use du creuset pour purifier l’or contenu dans un vase d’argile.

Prions
Seigneur, nous te demandons de nous garder dans l’unité. Que les réflexions et débats à venir sur le célibat des prêtres, sur la place des femmes dans l’Eglise, sur le rôle des laïcs et sur le mode de gouvernance de l’Eglise soient une œuvre de l’Esprit. Que l’Eglise en ressorte purifiée et renouvelée, parée pour ce jour où son époux viendra la chercher.

10ème station / Jésus est dépouillé de ses vêtements.
De l’évangile selon Saint Jean
« Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas ». (Jn 19,23)

Jésus comme son Eglise est mis à nu. C’est une humiliation qui rend vulnérable. Mais pour l’Eglise c’est aussi une mise à nu qui révèle les desseins secrets des cœurs, les intentions profondes. Ce qui est caché est dévoilé.
Ces hommes d’Eglise qui se cachaient derrière une prestance, un pouvoir, une immunité ne sont plus protégés par la fonction. Ceux qui pensaient que leurs mauvaises affaires étaient enfouies dans le passé se voient rattrapés par la réalité.
Mais ce dénuement-là désigne celui qui le précède et qui est encore plus abominable : celui des victimes. Le dénuement et le viol obtenus par manipulation des consciences et usurpation du nom de Dieu est un crime et une profanation. Il est insupportable. Mais en cet instant, sur la croix, mystérieusement Jésus porte l’insupportable.

Prions
Prions pour tous ceux et celles qui ont été blessés si profondément en leur intimité ainsi que dans leur confiance en l’Eglise.

11ème station / Jésus est cloué sur une croix
Du livre de Jérémie
« Les voilà dans la honte pour leurs actes abominables, mais déjà ils ne sentent plus la honte, ils ne savent même plus rougir. » (Jr 6, 14)

Des clous dans la chair. Un supplice de plus. Qu’y a-t-il donc dans le cœur de l’homme pour qu’il soit capable de telles cruautés ? Comment des hommes peuvent-ils être auteurs de tels actes ?
Le soldat a dû se contenter de dire : « ce sont les ordres venus d’en haut », et accomplir sa besogne sans se laisser émouvoir. Pilate en condamnant Jésus, s’en est lavé les mains, mais il n’est pas innocent, lui qui a livré Jésus au bon plaisir de ses adversaires. Livré à leur bon plaisir, mais où est le plaisir ? Comme c’est pervers !
Voici la triste démonstration de l’enchaînement du péché collectif qui anesthésie les consciences individuelles, avec au bout de la chaîne, un homme, une femme, un enfant qui est victime.
Mais n’oublions pas l’espérance qui est la nôtre. Comme nous le dit Saint Paul : « Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé. Ainsi donc, de même que le péché a établi son règne de mort, de même la grâce doit établir son règne en rendant juste pour la vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur » (Rm 5,20-21)
Cette espérance, Marie nous en montre le chemin. Elle qui fut comblée de grâce, fut aussi celle qui a été transpercée par la douleur. Elle nous apprend que l’espérance ne contourne pas la croix. Elle nous montre que la communion aux souffrances de son Fils est source de fécondité pour les temps à venir.

Prions
Tu as voulu, Seigneur, que la Mère de ton Fils, debout près de la croix, fût associée à ses souffrances : accorde à ton Eglise de s’unir, elle aussi, à la passion du Christ, afin d’avoir part à sa résurrection. Lui qui règne avec toi et le Saint-Esprit maintenant et pour les siècles des siècles, amen. (oraison du 15 septembre, Notre-Dame des douleurs).

12ème station / Jésus meurt sur la croix
De l’évangile selon Saint Luc
« C’était déjà environ la sixième heure (c’est-à-dire : midi) ; l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure, car le soleil s’était caché. Le rideau du Sanctuaire se déchira par le milieu. Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Et après avoir dit cela, il expira. » (Lc 23, 44-46)

C’est l’heure de la mort. Elle inaugure un grand silence. En ce passage ultime, le Christ prend avec lui tous les silences coupables de l’Eglise. Le silence mortifère laisse bientôt la place à un autre silence, celui de l’attente et de l’espérance.
En ces heures d’inquiétudes, où l’Eglise est atteinte dans la crédibilité de son enseignement, nous t’offrons Seigneur nos cœurs qui espèrent en Toi envers et contre tout. Que le silence de toute mort soit nourri de l’Espérance.
Prions :
Dieu qui est fidèle et juste, réponds à ton Eglise en prière, comme tu as répondu à Jésus, ton serviteur. Quand le souffle en elle s’épuise, fais-la vivre du souffle de ton Esprit : qu’elle médite sur l’œuvre de tes mains, pour avancer, libre et confiante, vers le matin de sa Pâque. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen. (Oraison de l’Office de complies, mardi.)

13ème station / Jésus est descendu de la Croix
De l’Evangile selon Saint Marc
« Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat, Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps. Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps.». (Mc 15, 42-45)

Joseph d’Arimathie agit dans l’ombre et la discrétion. Efficace, prévenant, il prend des risques, assume son choix et va jusqu’au bout de la démarche. Il a le souci du corps du Christ. Il n’est pas question ici de calcul, d’intention mélangée avec la vaine gloire pour qu’on parle plus tard de ce qu’il aura fait, mais il s’agit bien d’un acte humble et courageux. Le jour où lui-même vivra ce grand passage, il entendra sans doute Jésus lui dire : « Heureux es-tu Joseph, toi qui m’as détaché de la Croix. Entre dans la joie de ton maître ».
A nous aussi, le Christ dira peut-être : « Heureux es-tu, toi qui ne m’as pas seulement aimé lorsque je te donnais des paroles réconfortantes ou exauçais tes prières, mais qui es venu aussi m’accompagner dans mes heures de faiblesse sur mon chemin de croix, et qui m’as aimé jusque dans mon grand silence ».
Prions
Regarde Seigneur le peuple qui t’accompagne sur ce chemin de croix. Accorde-lui la grâce de la fidélité à ton nom, toi qui renouvelles ton alliance de génération en génération. Par Jésus le Christ, notre Seigneur et notre Dieu, qui vit et règne avec toi et le Saint Esprit, pour les siècles des siècles, amen.

14ème station / Jésus est mis au tombeau
De l’Evangile selon Jean
« Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts . À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. » (Jn 19, 39-42)

Des hommes et des femmes prennent soin de la dépouille de Jésus. C’est le pur amour, qui n’attend plus rien en retour. Aimer Jésus jusque dans sa mort, dans cette expérience du tombeau. C’est ce que vit l’Eglise aujourd’hui, ensevelie sous le poids d’une condamnation aux visages divers. Aux yeux du monde elle semble mourir. En Europe et en particulier en France, certains se plaisent à dire que les chrétiens sont devenus une minorité et qu’ils feraient mieux de se taire. Il n’y a pas si longtemps, certains disaient « Dieu est mort ». Aujourd’hui d’autres disent : l’Eglise meurt.
Et pourtant, l’amour demeure. Des chrétiens sont là pour prendre soin du corps du Christ blessé par le péché. L’amour est plus fort que la mort, il est puissance de vie. Rien n’étouffera la puissance de Vie et de Résurrection qui habite l’Eglise.

Prions
Seigneur, en ces temps où l’Eglise, corps du Christ, est meurtrie, accorde-nous d’être ces hommes et ces femmes qui prennent soin de toi, sans chercher en retour d’autre récompense que celle de t’aimer.
Quand nous contemplons l’audace de Véronique, la force de Simon de Cyrène, la détermination de Joseph d’Arimathie, la délicatesse de Nicodème et des saintes femmes, nous contemplons aussi la beauté de ton Eglise. Sans chacune de ces vocations singulières, que serait l’Eglise ?
Ensemble, hommes et femmes, prêtres et diacres, laïcs et consacrés, jeunes et vieux, nous venons te manifester notre attachement et confesser notre foi en ta résurrection. Rien ne nous séparera de ton amour, vainqueur de la mort.
Un jour, tu essuieras toutes les larmes de nos yeux, et dans la Jérusalem céleste nous te célèbrerons sans ombre ni trouble au visage.

Oraison finale
Dieu éternel, tu as écouté la prière de ton Christ, et tu l’as délivré de la mort ; ne permets pas que nos cœurs se troublent, rassure-nous dans notre nuit, comble-nous de ta joie, et nous attendrons dans le silence et la paix que se lève sur nous la lumière de la Résurrection. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen. (Oraison office de complies du samedi soir).