Quand je rencontrais tes paroles, Seigneur, je les dévorais ;
elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur,
parce que ton nom a été invoqué sur moi, Seigneur, Dieu de l’univers.
Jr 15, 16

De l’exhortation apostolique « Verbum Domini » au § 86

 « Le synode a insisté à plusieurs reprises sur l’exigence d’une approche priante du texte sacré comme élément fondamental de la vie spirituelle de tout croyant, dans les divers ministères et états de vie, en se référant notamment à la lectio divina. La Parole de Dieu est, en effet, à la base de toute spiritualité chrétienne authentique. »

« Que les fidèles (…) approchent de tout leur cœur le texte sacré lui-même,

  • soit par la sainte liturgie, qui est remplie des paroles divines,
  • soit par une pieuse lecture,
  • soit par des cours faits pour cela ou par d’autres méthodes (…).

Mais la prière – qu’on se le rappelle – doit accompagner la lecture de la Sainte Ecriture. (…) Comme le disait saint Augustin: « Ta prière est ta parole adressée à Dieu. Quand tu lis, c’est Dieu qui te parle; quand tu pries, c’est toi qui parle avec Dieu ».

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La « lectio divina » est l’un des moyens les plus caractéristiques de la Tradition monastique pour chercher Dieu. Elle est un chemin pour avancer dans la connaissance de Dieu.

Dans les monastères la lecture attentive et priée de la Parole de Dieu est soutenue et accompagnée par la lecture des commentaires des Pères.

UNE METHODE DE LECTIO

Préparation

A/ Choisir un lieu qui favorise l’étude et le recueillement

B/ Ne pas choisir le texte au jugé mais:

–  Obéir au lectionnaire ou

–  Faire une lecture suivie d’un livre choisi. Délimiter le texte.

C/ S’en tenir au temps fixé

D/ Se disposer à une démarche de FOI. Prier l’Esprit Saint

 

1/ Lectio

LIRE le texte lentement une 1ère fois. Sans arrière pensée, recevoir ce texte comme pour une première fois.

 

2/ Meditatio

Relire et réfléchir sur le texte avec son intelligence. Pour nous y aider:

A/ Regarder le SENS LITTERAL et historique. Situer le texte dans son contexte:

  • Connaissance globale du livre (lire l’introduction donnée par la bible)
  • Situer le texte dans son contexte immédiat (ce qui précède et ce qui suit).
  • Rechercher les termes significatifs (mots clés).

B/ Chercher le SENS SPIRITUEL et doctrinal.

  • Rechercher le contenu objectif de la révélation. les éléments de théologie.
  • S’aider de commentaires patristiques, spirituels, exégétiques.

C/ Chercher le SENS MORAL: en quoi ce texte nous concerne? Comment nous invite-t-il à nous tourner vers Dieu, à changer notre manière de vivre? 

D/ APPROPRIATION. Dégager une lecture spirituelle personnelle.

Comment la Parole me rejoint là où j’en suis.

 

3/ Oratio – contemplatio

Laisser la Parole faire son chemin en nous, nous conduire vers cette lumière intérieure. Garder la Parole, la prier.

 

4/ Actio

«Il est bon, ensuite, de rappeler que la lectio divina ne s’achève pas dans sa dynamique tant qu’elle ne débouche pas dans l’action (actio) qui porte l’existence croyante à se faire don pour les autres dans la charité. » Verbum Domini § 87

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Guillaume de Saint-Thierry

 «  A des heures déterminées, il faut vaquer à une lecture déterminée. Une lecture de rencontre, sans suite, trouvaille de hasard, bien loin d’édifier l’esprit, le jette dans l’inconstance. Accueillie à la légère, elle disparaît de la mémoire plus légèrement encore. Au contraire, il faut s’attarder dans l’intimité de maîtres choisis et l’esprit doit se familiariser avec eux. Les Écritures en particulier, demandent d’être lues et pareillement comprises, dans l’esprit qui les a dictées… Il faut aussi chaque jour détacher quelque bouchée de la lecture quotidienne et la confier à l’estomac de la mémoire : un passage que l’on digère mieux et, qui, rappelé à la bouche, fera l’objet d’une fréquente rumination; une pensée plus en rapport avec notre genre de vie, capable de soutenir l’attention, d’enchaîner l’âme et de la rendre insensible aux pensées étrangères.

De la lecture suivie, il faut tirer d’affectueux élans, former une prière qui interrompe la lecture. Pareilles interruptions gênent moins l’âme qu’elles ne la ramènent aussitôt plus lucide à la compréhension du texte. »

 

Bertrand ROLLIN, o.s.b.

« La lectio est cet effort d’écoute personnelle de la Parole de Dieu qui, du Prologue à l’épilogue (de la Règle de Saint-Benoît), apparaît comme le cœur de la vie monastique. Si la Parole nous atteint déjà dans la liturgie, et aussi par bien d’autres canaux souvent imprévisibles et dont Dieu est le maître, son écoute véritable n’en demande pas moins de notre part une contribution. Elle demande la participation de toutes nos facultés, selon les dons reçus par chacun. Parfois pleine d’attrait et de réconfort, elle peut aussi devenir peineuse et aride. Prière et lectio vont de pair et subissent souvent les mêmes fluctuations. L’assiduité à la lectio est un des critères de la vitalité spirituelle. Elle peut cependant beaucoup évoluer, au cours de la vie, dans sa forme et même dans l’importance matérielle du temps qui lui est réservé. »

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