Sanctification

Apprends à découvrir combien la forme et le fond de cette prière sont liés. Comprends ainsi comment cette prière te conduit dans une démarche profonde.

En effet, ces offices sanctifient ceux qui les prient, par le dialogue et le désir de Dieu qu’ils suscitent, et ils sanctifient également le temps. Ils sont répartis dans la journée afin de consacrer à Dieu tout le cycle du jour et de la nuit.

Les deux offices principaux sont les laudes et les vêpres, priés respectivement en début de matinée et en fin d’après midi. On les appelle les « grandes heures ». A côté d’elles, les « petites heures », plus courtes, sont l’office du milieu du jour (dans les monastères, il y a même plusieurs petits offices en milieu de journée : tierce, sexte, none), et les complies avant d’aller se coucher. Les prêtres et religieux prient également l’office des lectures quand ils veulent dans la journée. Les moines et moniales le prient soit au milieu de la nuit ou très tôt le matin, on l’appelle l’office de matines, soit le soir, ce sont les vigiles. Cet office leur permet de méditer plus longuement la Parole de Dieu et des textes patristiques (des pères des premiers siècles de l’Église).

La liturgie des heures est ainsi faite pour t’accompagner tout au long du jour. Par ces rendez-vous réguliers, elle ramène les cœurs vers le Seigneur. Elle est un fil qui nous rattache à Lui et vient nous garder dans la fidélité à son nom.

Ainsi, bien répartis dans le temps, la prière des différents offices donne le sens de la prière inlassable que le Christ a demandée à son Église.

Déroulement de l’office et cheminement 

Tout l’office tient entre deux cris. Au début, un cri d’appel : « Dieu, viens à mon aide ! Seigneur, à notre secours ». A la fin, un cri de louange : « Bénissons le Seigneur, nous rendons grâce à Dieu. »

L’hymne est le portail d’entrée. Il donne la couleur de l’office selon l’heure du jour, la fête liturgique…

La psalmodie. Ce terme désigne les notes sur lesquelles sont chantés les psaumes. La simplicité musicale de la psalmodie permet de donner toute la puissance aux mots que tu chantes. Les psaumes vont venir travailler ton cœur et creuser ton désir de Dieu. Le silence vécu entre deux psaumes n’est pas un temps mort, mais le moment de recueillir le verset qui t’a particulièrement rejoint.

La lecture de la Parole de Dieu est le sommet de l’office : le Seigneur parle. Sois attentif, car cette lecture est très courte. Recueille-là comme un trésor donné. Mets à profit le silence qui suit : médite et réponds à Celui qui t’a parlé.

Un répons peut être chanté pour prolonger dans le chant la méditation et aider à répondre à cette Parole.

Le cantique évangélique, de Marie le soir, de Zacharie le matin, est un chant de louange et d’action de grâce. Ils nous rappellent que Dieu est venu à notre rencontre.

Mais, en chantant la joie de cette alliance renouvelée, on se rend bien compte que l’on est pauvre, pécheur, encore en chemin. C’est la raison pour laquelle il y a ensuite des prières de demandes : intercéder pour nous, pour le peuple de Dieu, pour le monde entier, pour que le salut et l’amour de Dieu puisse se réaliser en tous.

Le cheminement de l’office culmine dans le Notre Père, prière de confiance. Puis l’oraison finale.

Être conduit

Dans la liturgie des heures le déroulement de ta prière est prévu, pensé, il te suffit d’y entrer. Tu n’as plus besoin de te demander si ta prière plait ou non à Dieu, car tu pries avec la prière de l’Église, et en priant les psaumes, tu pries comme Jésus l’a fait.

Finalement, tu choisis une prière que tu n’as pas choisie. Tu reconnais par là que l’Église a quelque chose à t’apprendre dans sa pédagogie divine. Le déroulement de l’office qu’elle te propose, avec son  choix de textes de l’Écriture et sa répartition de psaumes, va te conduire sur des sentiers que tu n’aurais sans doute pas choisis de toi-même. Sa guidance te dégage de ta subjectivité et va t’amener au-delà de tes sentiments du moment. Tu vas concrètement t’en rendre compte lorsque, par exemple, tu chanteras des psaumes qui parlent de rage et de colère alors que tu es dans la paix. Mais te voilà entrainé dans la prière de l’Église, et si tu y consens, y mets tout ton cœur, alors la prière va  te dégager du souci de toi-même pour t’ouvrir à l’écoute de ce que Dieu veut te montrer et qui va bien au-delà de ton horizon.

Cette prière de l’office peut aussi soulever tes propres sentiments en leur donnant les mots de la Parole de Dieu. Elle va ainsi les élever en prière sainte et agréable à Dieu.

La prière de l’office est donc à la fois un appui et une ouverture.

Répétition et imprégnation

Il se peut qu’à certain moment, la psalmodie puisse te paraître fastidieuse, notamment dans son aspect répétitif. Mais c’est justement ce rythme de la répétition qui participe à l’imprégnation de la Parole dans l’âme.

Quelque soit ton état d’âme du moment, persévères. Ne cède pas à la tentation de bâcler la prière de l’office  lorsque tu le pries seul. Prends l’habitude de la régularité de ce temps pour Dieu. Exerce-toi à t’y appliquer dans la fidélité. Alors tu gouteras tous les fruits excellents de cette prière.

Tu t’apercevras comment un jour, un verset sur lequel tu passes régulièrement pourtant, va venir se détacher de l’ensemble et te parler, te donner une lumière. Ou encore, tu verras un verset de psaume te remonter au bord des lèvres au moment opportun dans une journée ou une épreuve.

Tu te rendras compte qu’on ne prie pas la Parole en vain. Elle est puissance de Dieu. Elle peut conduire au calme après la tempête. Elle ouvre en chacun des chemins, vers la richesse de l’humanité.

Sœur Marie-Anne LE ROUX. Extraits du Manuel spi du catho rusé, Ed. Salvator, p. 1

 

Citations

Présentation Générale de la Liturgie des Heures

« C’est en cela que réside la dignité de la prière chrétienne : elle participe de la piété du Fils unique envers le Père et de la prière que, durant sa vie sur terre, il a exprimée par la parole qui, à présent, se perpétue sans interruption dans toute l’Église et en tous ses membres, au nom et pour le salut de tout le genre humain.

L’unité de l’Église en prière est l’œuvre de l’Esprit Saint : c’est le même Esprit qui est dans le Christ, dans l’Église entière et en chacun des baptisés. […] Aucune prière chrétienne ne peut donc exister sans l’action de l’Esprit Saint qui, en assurant l’unité de toute l’Église, conduit au Père par le Fils.

Sanctifier la journée et toute l’activité humaine est l’un des buts de la liturgie des heures.

Ceux qui y participent peuvent retirer de la liturgie des heures, par la vertu de la parole salutaire de Dieu, qui y tient une place importante, une grande richesse de sanctification. En effet, les lectures sont tirées de l’Écriture, les paroles de Dieu transmises dans les psaumes sont chantées en sa présence, et les autres prières, oraisons et hymnes, naissant également de son inspiration et d’un élan profond qui vient de lui. »[1]

 

Dom Guillaume : la répétitivité de l’office divin

« Ce qui frappe dans ces chapitres de la Règle  sur la liturgie, c’est le caractère répétitif de l’office divin, dans sa structure. Une introduction, des psaumes, une hymne, une lecture, un verset, le kyrie, la conclusion. L’office a gardé, grosso modo, aujourd’hui encore, une structure identique, même si l’hymne a changé de place. La liturgie ne cherche pas l’originalité, ni de la forme, ni du point de vue du contenu.

Un cadre défini, sans variation, ne peut que surprendre, à une époque où l’on aime le changement, où l’on cherche l’originalité et la nouveauté à tout prix, à une époque où il ne faut surtout pas se répéter. La liturgie, comme la vie monastique d’ailleurs, s’inscrit ainsi en contradiction avec la mode et le goût du changement qui agitent notre monde. Mais pourquoi ? Est-ce par immobilisme et paresse ? Est-ce par une espère de sacralisation du passé, parce que l’on a toujours fait ainsi ?

Que se passe-t-il derrière ce parti pris de la répétitivité ? Pour comprendre ce qui est en jeu, il convient de se souvenir que le but de la liturgie est de nous faire dépasser le caractère éphémère des évènements, pour nous faire percevoir la trame de l’histoire humaine, de chacune de nos existences. Or, l’enjeu, c’est de passer d’une perception superficielle à une vision plus profonde de ce que nous vivons. Ainsi, en nous aidant à replacer tout ce qui nous arrive dans le grand mouvement de l’histoire du salut, la liturgie nous permet de discerner, dans tout ce qui nous arrive, l’empreinte du pas de Dieu qui travaille dans nos vies et nous offre l’occasion de rendre grâce pour cela.

Alors, en nous faisant prendre de la distance par rapport au tourbillon des évènements, à tout ce qui nous arrive, elle nous aide, en fait, à poser un autre regard sur ce qui est. Tandis qu’une perpétuelle nouveauté nous confine à l’accidentel, sans permettre le recul nécessaire.

En nous incitant à méditer sans cesse l’histoire du salut, la liturgie nous entraîne, peu à peu, à percevoir le fil rouge qui traverse notre destinée et celle de toute l’humanité, elle nous invite à ouvrir les yeux du cœur, pour contempler l’invisible à l’œuvre dans nos vies. »[2]

 

[1] Présentation Générale de la Liturgie des Heures, § 7, 8, 11 et 14, dans : Centre National de Pastorale Liturgique, Prière du temps présent : comment s’y retrouver?, Cerf-Desclée-Desclée de Brouwer-Mame.

[2] JEDRZEJCZAK Guillaume, Sur un chemin de liberté – Commentaires de la Règle de saint Benoît jour après jour, Ed. Anne Sigier, p. 202-203.

2017-06-13T17:48:30+00:000 commentaire

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