Pourquoi me battre ?

On se bat pour une cause à défendre. Le désir de nous battre, nous le trouvons dans la conscience que nous avons de l’enjeu de notre vie, que ce soit au niveau personnel (notre vocation propre), ou au niveau général (destinée de l’homme).

C’est pourquoi il est nécessaire de refaire régulièrement le cap sur le sens de notre activité humaine (cf : p 10). En même temps, ce sens de notre existence se révèle à nous au fur et à mesure que l’on fréquente Dieu. En effet, nous ne pouvons vivre avec Lui sans être gagné par son amour de la vie. Il est Créateur, et Il nous entraîne dans son jaillissement de vie. De là notre joie à créer, à engendrer. Il nous fait participer avec Lui à cette œuvre créatrice, et au-delà, à son œuvre  rédemptrice. Plus nous cherchons à connaître et à aimer Dieu, plus il nous est donné d’aimer la vie et de vouloir la défendre. Plus nous grandissons dans l’amour de Dieu, plus grandit en nous le désir que son règne vienne.

Mais cela déplaît à l’Ennemi dont l’objectif principal est de nous détourner de ce projet. C’est pourquoi, nous ne pouvons entrer dans le Royaume de Dieu sans combat spirituel.

Savoir dans quelle direction on dirige sa vie est fondamental. Si l’on n’est pas bien arrêté sur la destinée du voyage, on va se laisser détourner en cours de route par de multiples tentations, sans voir qu’elles nous font perdre le but. On va se laisser mener par des sentiments, des passions passagères et éphémères, par les contrariétés de la vie. Nous serons alors ballottés comme une barque dans la tempête, ne sachant pas réagir contre les différents courants et vents et finalement, nous finirons par subir notre vie au lieu de la choisir. Il n’en ressort que dispersions et déceptions intérieures. Au bout du compte, on ne sait plus où on en est et ce que l’on veut.

Par contre, lorsque l’on est bien déterminé, on peut garder le cap, moyennant un combat spirituel. Même si c’est exigeant, il ressortira de cette lutte intérieure, l’ expérience profonde d’une vie qui s’unifie et se déploie.

Nous ne nous battons pas à armes égales

Entrer dans le sujet du combat spirituel peut éveiller certaines craintes. Parler du diable ne laisse pas indifférent. Il faut, en effet, beaucoup de prudence pour s’engager sur ce sujet. Mais en même temps, cette voie nous fait entrer dans la victoire du Christ.

Si nous n’avons pas à avoir peur, nous ne devons pas être dupe des ruses de l’Ennemi, ni présumer de notre capacité à lui échapper. Le diable est plus fort que nous, mais le Christ est plus fort que le diable, Il l’a vaincu. C’est donc seulement en nous attachant au Christ, en nous réfugiant en Dieu, que nous serons victorieux.

Nous avons un combat à mener, mais nous ne nous battons pas à armes égales. Il n’y a pas d’un coté le bien, et de l’autre le mal, qui, face à face, s’opposeraient. Cela serait une conception dualiste. Avant de se convertir, saint Augustin en a fait les frais lorsqu’il était dans la secte des Manichéens. Et il se peut qu’il reste en nous « quelque chose de manichéen » si l’on considère que c’est usant de combattre contre l’Ennemi, comme si on se battait à armes égales.

S’il nous arrive d’être impressionné par une victoire de l’Ennemi, il faut nous rappeler que son pouvoir est limité.  Ainsi en témoigne le Christ, à l’heure décisive, au moment précis où Satan semble « avoir le dessus », par l’intermédiaire du pouvoir des hommes : « Pilate dit à Jésus : « Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te crucifier ? » Jésus répondit : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut » ( Jn 19, 11 ). A aucun moment le Christ n’a perdu le « contrôle de la situation » : « (ma vie) personne ne me l’enlève ; mais je la donne moi-même. J’ai pouvoir de la donner et j’ai pouvoir de la reprendre » (Jn 10, 17-18).

C’est à la crucifixion, au moment-même où, apparemment, l’Ennemi semble avoir gagné la partie, que le Christ remporte la victoire décisive. Par sa mort, il visite les enfers pour libérer tous les captifs.

Le Christ est vainqueur de toutes les situations. Il nous revient de lui permettre d’être victorieux dans nos propres vies et d’abattre nos ennemis.

Ce combat n’est pas le tien, mais le mien

Le combat que nous avons à mener ne ressemble pas vraiment aux combats de ce monde. Pour nous, un Autre a déjà combattu. Qu’il est rassurant d’entendre encore aujourd’hui le Seigneur nous dire : « J’ai combattu pour toi ». A nous de lâcher nos auto-défenses pour nous revêtir du Christ. A nous de saisir la grâce qui nous est offerte, par la foi.

 « Même pas peur ! »

Nous ne devons jamais nous laisser impressionner par l’Ennemi et par ses petits démons. C’est leur jeu de nous impressionner, de nous faire peur.

Le saint Curé d’Ars a été bien « asticoté » par le démon (qu’il appelait le « grappin ») et a eu peur de lui, au début. Il est vrai que les « effets spéciaux » que le diable mettait en œuvre avaient de quoi le faire trembler (bruits nocturnes etc…). C’est d’ailleurs comme cela qu’il repéra que c’était le démon, parce que cela lui faisait peur, or, « le Bon Dieu ne fait jamais peur » disait-il . Par la suite, le Saint Curé ne se laissa plus impressionner : « Je sais que c’est le grappin, ça me suffit. Depuis le temps que nous avons affaire ensemble, nous sommes quasi camarades ». En fin de compte, le « grappin » lui rendait service, car il s’agitait à chaque fois qu’il allait y avoir un « gros poisson », c’est à dire une conversion importante. En quelque sorte, il le prévenait sans le faire exprès ! « Il est en colère, c’est bon signe. Il va nous venir de l’argent et des pécheurs » Ou encore : « Le démon est bien méchant, mais il est bien bête, car il me fait connaître tout le bien qui se fait à Ars. »

Alors, comme diraient les enfants : « Même pas peur ! ». En plus, nous avons une armée dans le ciel qui combat aussi pour nous. Cependant, rappelons-nous qu’il ne faut pas être présomptueux, et que l’Ennemi arrive malgré tout à blesser, ficeler, « croquer » quelques brebis. Restons sur nos gardes et apprenons à combattre !

Sœur Marie-Anne LE ROUX. Extraits de son livre « Sortir gagnant de nos luttes intérieures » Ed. EDB, p. 17, 25-27

 

2017-06-30T22:27:22+00:000 commentaire

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