« Dès que des pensées mauvaises arrivent à ton cœur, les détruire tout de suite en les écrasant contre le Christ. » RB 4,50

 

Pour les Pères du désert, le contenu de nos pensées nous  permet de voir si notre cœur est en bonne santé ou s’il est malade. A-t-on des pensées de paix ? C’est le signe que notre cœur est habité par la vertu et unifié en Dieu. A-t-on des pensées mauvaises qui nous tiraillent et nous dispersent dans tous les sens ? C’est le signe que nous sommes conduits par nos passions ou des vices.

L’attention aux pensées et le don de l’intelligence

Ce n’est pas parce qu’on a une idée sur une question, que l’on est dans la vérité ! Quelle triste confusion. Qui ne se méfie pas de lui-même est conduit par un sot nous dit la parole. (Cf. Pr 26, 28) Il convient donc de nous méfier de nos pensées. La défiance de soi est la première arme que donne Lorenzo Scupoli dans son traité sur le combat spirituel. Cette défiance nous permet d’avoir le recul nécessaire pour opérer un véritable discernement.

Nous pourrions décomposer le processus comme suit :

1/ défiance de soi (disposition de fond),

2/ attention aux pensées (disposition ponctuelle),

3/ discernement,

4/ accueil ou rejet de la pensée qui se présente à nous.

C’est l’attention aux pensées qui permet à l’intelligence de faire son travail de distinction : discerner entre le bien et le mal. Ensuite, devant cette distinction, nous pourrons dire « oui » ou « non » à l’intrusion de cette pensée en notre cœur. L’intelligence est semblable à ce vigile posté dans la tour de garde : il repère si la personne qui se présente pour entrer dans la ville fortifiée est un ennemi ou un allié, et en fonction de son discernement, il lui permet d’entrer ou non. Si c’est un ennemi, il fait lever le pont-levis pour qu’il n’accède pas à l’intérieur. La volonté est ce pont-levis. Il dépend de nous de faire de cette ville fortifiée (notre être profond) un repère de brigands ou une ville sainte ! Qui laissons-nous entrer ? Avons-nous cette garde du cœur ? « Plus que sur toute chose, veille sur ton cœur, c’est de lui que jaillit la vie » (Pr 4,23).

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De la source de nos pensées – Avec Jean Cassien –

« Notre esprit est traversé de pensées multiples… (dont) la naissance ne dépend pas de nous entièrement ; mais nous sommes bien les maîtres de les approuver et de les accueillir. »

« (Ces pensées multiples) il ne faudrait pas les mettre entièrement au compte du hasard de leurs attaques ou des esprits malins qui prennent à tâche de les glisser en nous… il dépend de nous pour une part de hausser le ton de nos pensées, qu’elles soient saintes et spirituelles ou terrestres et charnelles. »

 

Pour cela, deux moyens :

« La lecture assidue et la continuelle méditation des Ecritures afin de procurer l’éclosion dans notre mémoire des pensées divines… »

– « Notre empressement aux veilles, aux jeûnes et à la prière afin d’affiner tellement l’âme qu’elle perde la goût des choses terrestres et ne veuille plus contempler que les célestes. »

 « A toute pensée qui survient en toi, dis : es-tu des nôtres, ou viens-tu des ennemis ? » (Jos 5,13) et certainement elle l’avouera ».

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Sœur Marie-Anne LE ROUX. Extraits de son livre « Sortir Gagnant de nos luttes intérieures » Ed.EDB, p. 201-204