C’est ce qu’on appelle « une grand baraque », un gars costaud quoi. Il prend la file. Sœur Agathe est devant et commence à poser ses courses sur le tapis roulant. L’homme l’interpelle :

  • Ma sœur, si vous pouvez prier pour quelqu’un, c’est pour mon père. Il est mort, hier soir. J’ai recueilli son dernier souffle.
  • Bien sûr je vais prier pour lui. C’est beau de pouvoir accompagner son père jusqu’au bout.
  • Oui, mais il ne me reste plus rien. Je n’ai plus que ça pour me consoler. (En disant cela, il pose sa canette de bière sur le tapis).
  • Oh ça, ça ne va pas vous consoler, ça va plutôt vous détruire !
  • Mais il ne me reste plus rien
  • Ce qui vous reste c’est l’amour, l’amour que vous avez reçu, l’amour que vous avez donné. Vous avez encore l’amour de votre père. Là haut il va continuer de veiller sur vous.

En quelques secondes, Sœur Agathe se retrouve à rendre compte de son espérance en la résurrection tout en payant ses achats. La conversation profite à tous : les uns penchent la tête, les autres tendent l’oreille.

  • Ma sœur, j’aurais besoin de parler avec vous, comment faire pour vous revoir ?
  • Vous pouvez me trouver à l’église Sainte-Croix

… échange des prénoms, salutations.

** *

La semaine suivante, c’est au tour de Sœur Marie-Anne de faire les courses. Même petit supermarché. Dans le rayon fruits et légumes elle croise un papa avec sa fille de 6 ou 7 ans. Elle les remarque car leur joie de vivre transparait. Visiblement, ils sont heureux de faire les courses ensemble. Elle arrive au rayon charcuterie, parcourt des yeux l’éventail des conditionnements de jambon. Dans ce moment de discernement épineux, le papa en question arrive et demande à Sœur Marie-Anne: « Ma fille est timide mais elle voulait vous poser une question ». De fait, sa fille s’est fourrée dans ses jambes, et baisse la tête. Sœur Marie-Anne s’attend à une question du genre : « Est-ce que vous êtes une sœur ? »… le père poursuit : « Elle voulait savoir pourquoi Jésus aime les pauvres » et rajoute à son encontre : « sachez qu’on est plutôt pour, mais elle veut savoir pourquoi ». Dans ces cas-là, les secondes sont intensives… comment, sur le champ, trouver la bonne manière de répondre ? Sœur Marie-Anne se penche vers l’enfant, « Eh bien, Jésus aime les pauvres parce qu’il aime sauver, et les pauvres n’ont rien, alors Jésus vient à leur secours. Quand on est en difficulté, on pense à aller vers Jésus, mais quand tout va bien, souvent on l’oublie ». A ce moment-même, le visage de la petite fille s’éclaire et lance un grand « wouaih !!! » et se jette contre Sœur Marie-Anne pour la serrer très fort. Instant câlin dans le rayon charcuterie…

Quelques minutes plus tard, en prenant la file pour la caisse, le papa et sa fille repassent par là. Sœur Marie-Anne interpelle à son tour la petite pour lui demander son prénom « Elisa ! » répond-t-elle avec assurance. Son père rajoute : « Et son deuxième prénom est Emmanuelle ! Ce n’est pas un hasard, nous sommes catholiques ! ». A cet instant, une jeune femme, habillée en noir et le visage sombre lance tout fort en regardant Sœur Marie-Anne d’un air dédaigneux et hargneux: « Vous êtes catholiques et vous n’avez pas honte ?! Vous faites pitié ! Et vous tuez des gens dans le monde entier. Vous faites pitié ! ». Sur ce, la petite Elisa revient vers Sœur Marie-Anne et lui dit : « C’est pas gentil ce qu’elle a dit la dame ! »

* * *

Notre quotidien est truffé de ce genre de rencontres inattendues, au croisement d’une rue ou d’un rayon de supermarché. Elles nous provoquent au témoignage, elles nous apprennent à rendre compte de notre foi et de notre espérance, en quelques minutes. Nous aimons cette insertion en ville où nous croisons tant de gens différents. Le plus souvent, on nous confie des intentions de prière. D’autres fois, ce sont des gens perdus qui nous posent des questions sur le sens de la vie, et sur la vie après la mort. Il ne faut pas avoir « froid aux yeux », car certains n’ont pas de retenue dans leurs questions. Ce sont notamment ceux qui n’ont plus rien à perdre, qui s’étourdissent en sorties et dans l’alcool et que l’on retrouve errants comme des âmes en peine au petit matin. Enfin, c’est vrai, il arrive que des personnes nous déversent leur haine envers l’Église, mais ce n’est pas le plus courant. Le plus souvent nous suscitons des sourires, des salutations. Et combien il est joyeux de partager ensuite en Fraternité tous ces « fioretti »!

 

2017-07-01T15:01:14+00:000 commentaire

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