Les Musiques Actuelles Chrétiennes et la louange

La musique a la capacité de rejoindre, toucher, émouvoir et mettre en mouvement, saint Augustin le savait bien, lui qui écrivait :

« Je flotte entre le danger de l’agréable et l’expérience de l’utile, et j’incline plutôt, sans porter toutefois une décision irrévocable, au maintient du chant dans l’Église, afin que le charme de l’oreille élève aux mouvements de la piété l’esprit trop faible encore »[1].

A l’instar des chants d’autrefois, la musique chrétienne actuelle a la capacité de toucher au cœur en mobilisant le corporel. Passer par le corps n’est pas signe de superficialité, ni de sensiblerie. C’est parce que le corps est concerné, par l’émotion, que le cœur peut se mettre en mouvement, et l’âme s’élever. Entendons-nous bien : nous ne disons pas qu’il est indispensable que le corps soit mis en mouvement pour que l’âme s’éveille, mais nous disons que, peut-être plus pour certains que d’autres dans notre société contemporaine, il est profitable que la musique ait la capacité d’émouvoir afin de permettre une ouverture, peut-être initiatique, et un élan du cœur. Au sujet du mystère et de la sacramentalité, Marie-Dominique Chenu, dominicain théologien au Concile Vatican II,  écrivait : « Tout, dans l’être humain, passe par le sensible et je n’ai rien dans l’esprit qui ne soit passé par la matière »[2]. Notre matière corporelle, notre corps psychique font partie intégrante de notre être. C’est avec toutes ces composantes que nous sommes temple de l’Esprit Saint[3] et que nous allons à Dieu.

Le rôle de Première annonce et d’inculturation des Musiques Actuelles Chrétiennes (MAC)

Ces MAC ne concernent pas uniquement les jeunes. Il n’y a qu’à regarder les participants des veillées de louange dont nous parlons, nous y retrouvons presque tous les âges, et de manière certaine les actifs professionnels. Ceci laisse à penser qu’il n’y a pas que les jeunes qui ont besoin d’être aidés, dans leur vie de foi, par des musiques à conduite émotionnelle et dansante. Si ce n’est pas la question de l’âge qui fait la différence, est-ce que ce ne serait pas le degré de cheminement et d’engagement dans le chemin de foi[4] ? Ces styles musicaux pourraient être une porte d’entrée pour certains non-initiés à la prière liturgique de l’Église. Nous pouvons utiliser le terme de l’« inculturation » de l’Évangile pour notre pays de France, qui a sans cesse besoin d’être ré-évangélisé. En effet, l’évangélisation et l’inculturation sont liés. Avant d’être inculturé, l’Évangile a besoin d’être annoncé.

« Si cette première annonce s’adresse spécialement à ceux qui n’ont jamais entendu la Bonne Nouvelle de Jésus ou aux enfants, elle s’avère toujours plus nécessaire également, à cause des situations de déchristianisation fréquentes de nos jours, pour des multiples personnes qui ont reçu le baptême mais vivent en dehors de toute vie chrétienne […] ».[5]

Pour chacun de nous aujourd’hui, il ne s’agit pas tant d’aller évangéliser les papous que de proposer l’Evangile à ceux que nous rencontrons, dans cette culture particulière déchristianisée qu’est notre propre société. Si l’évangélisation concerne les personnes de notre culture déchristianisée, l’inculturation est aussi nécessaire pour permettre à ces mêmes personnes de prier. Et comment la vivre si ce n’est en recourant aux diverses composantes de notre société ?

« Depuis le Concile, la réflexion en matière d’évangélisation et de célébration sur ce que nous appelons maintenant l’ “inculturation”  a beaucoup progressé. On admet désormais que l’annonce évangélique ne peut toucher en profondeur le cœur et l’esprit des individus humains que dans et à travers la culture qui leur est propre. On admet aussi que l’inculturation concerne directement la prière liturgique de l’Eglise et les sacrements chrétiens qui doivent saisir l’être tout entier, corps, âme et esprit. »[6]

Si l’inculturation concerne la prière liturgique, elle touche a fortiori la prière paraliturgique. Lorsque certaines personnes sont tellement loin de toute expression liturgique qu’il leur est impensable de pouvoir y goûter, l’exercice paraliturgique de la louange, par sa dimension d’inculturation empruntant des mélodies simples et nobles de musiques actuelles, peut être un moyen de toucher ces personnes et de leur faire goûter à la joie de prier Dieu. D’abord accessible par un style musical qui ne leur est pas étranger, le chant, grâce à son texte explicite, peut ensuite toucher ou rejoindre personnellement ceux qui les chantent et leur procurer une certaine paix. Lorsqu’est expérimentée la joie paisible de louer Dieu dans la simplicité des chants et des voix, peut alors naître le désir d’y revenir.

Sr Agathe DUTREY

Poursuivre la réflexion avec l’article suivant.

 

[1] Augustin, Les Confessions, X, xxxiii, 50. PL 32, 800. BA 14, 231.

[2] M.-D. Chenu, « Pour une anthropologie sacramentelle », dans LMD 119, 1974/3, p. 88.

[3] 1 Co 3, 16 ; 6, 13-20 ; 2 Co 6, 16.

[4] Nous renvoyons à deux articles de sociologues :
M. Cohen, Les renouveaux catholique et juif en France – L’individu et ses émotions,
et : D. Hervieu-Léger, Renouveaux émotionnels contemporains – Fin de la sécularisation ou fin de la religion ?, dans : « De l’émotion en religion – Renouveaux et traditions », sous la dir. de Françoise Champion et Danièle Hervieu-Léger, Paris, éd. Centurion, 1990, respectivement p.121-167 et 217-248.

[5] EN 52.

[6] J. Gelineau, Les chants de la messe, dans leur enracinement rituel, Paris, éd. du Cerf, 2001, p. 119.

2017-06-19T08:58:22+00:000 commentaire

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