L’habit des religieux et des religieuses a sans doute toujours suscité des questions. En fonction des époques ces questions changent…

Ce matin, en traversant la rue, je saluais l’éboueur. Visiblement heureux de cette salutation, il en profita pour me demander : « vous fait-on des remarques sur le fait que vous portiez un voile ?». Je lui réponds: « pas vraiment ». Il est reparti satisfait en filant vite pour s’accrocher à son camion qui continuait son parcours.Notre habit de religieuse nous identifie. Il suscite le plus souvent de la bienveillance, des sourires et de belles rencontres, plutôt que des réactions de rejet. Je constate que la religieuse garde un capital « sympathie » en France. Si en plus nous circulons en 2CV, nous augmentons ce capital !
Malheureusement nos « virées » en 2 CV sont de l’ordre de l’exceptionnel, réservées à nos temps de détente. D’ordinaire à Nantes, nous circulons à pieds, en vélo ou en tram. Nos pneus quotidiens sont le caoutchouc de nos baskets, identifiables elles aussi, puisqu’il s’agit de converses bleues.
Au début, nous nous sommes demandées s’il était souhaitable que nous portions ce genre de basket de marque, compte tenu de notre choix d’une vie simple et sobre. Mais nous avons remarqué que les converses convenaient à tous les milieux sociaux, qu’elles rejoignaient aussi toute une génération dont nous faisons partie. Or, c’est bien le témoignage que nous désirons donner : nous ne sommes pas étrangères à ce monde. Si notre habit religieux rappelle que nous sommes « mises à part », c’est-à-dire : « consacrées », nos converses témoignent de notre ancrage dans le monde. Dans notre vie apostolique, nous cherchons à vivre ces deux dimensions : être ici, envoyées par le Christ dans ce monde pour ce monde, tout en restant reliées à notre source profonde qui se trouve en Dieu et qui nous garde tournées vers notre patrie du ciel.
Les pieds, c’est l’adhérence au sol. Nos converses nous raccrochent au monde et participent à nous rendre proches de ceux que nous croisons dans la rue, y compris des marginaux.
De temps en temps, certains se risquent à nous poser la question : « euh… vos converses… ça fait partie de votre tenue ?!? » Nous répondons : « non », car nous ne sommes pas liées à la mode. En même temps, elles participent si bien à notre présence au monde que l’on se demande si elles ne sont pas promises à une longue carrière chez nous…
Ceux qui ont quelques connaissances en matière d’histoire de l’Eglise et de vie monastique savent qu’autrefois il existait des frères convers – et des sœurs converses. Ils étaient associés à la vie religieuse du monastère mais, étant illettrés, ils ne participaient pas à la plupart des offices ni aux décisions de la communauté. Ils étaient plutôt affectés aux travaux manuels.
L’expression « sœurs converses » nous rappelle ainsi qu’avant nous, des femmes ont accomplis un travail humble, dans la fidélité à leur consécration à Dieu et selon la condition de leur époque.
Ce qualificatif de « convers » trouve son origine dans le participe passé de « convertere » en latin qui signifie « convertir ». Le « convers » est cet homme « converti » qui a changé de vie. Pour nous qui cherchons à inscrire dans notre quotidien la dynamique de la conversion, le mot « converse » collé à nos baskets nous le rappellent.
Alors, si de temps en temps on nous appelle les « sœurs converses », cela nous va bien.
« Qu’ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annoncent la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion : « Ton Dieu règne. » » Isaïe 52,7

2018-06-10T10:59:14+00:000 commentaire

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